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L’AFRIQUE EST-ELLE HOMOPHOBE ?
Par : Joseph Sewedo Akoro
Samedi 19 Avril, 2014

Introduction :

Inutile de le rappeler, l’Afrique est un continent de 54 pays. Donc, il est difficile de le considérer comme une entité singulière. Je me permets de dire que l’Afrique est le continent le plus diversifié au monde. Quant à la question de l’homosexualité, il vaut mieux savoir qu’il y a certains pays en Afrique où l’homosexualité n’est pas forcément interdite par la loi. Néanmoins, comme dans le reste du monde, l’homophobie existe. L’Afrique est-elle homophobie ? Je dirais non!

Dans le film qu’on vient de voir, il est dit que l’homosexualité existe depuis longtemps en Afrique et qu’elle existait avant le début de colonisation. Donc, je refuse l’argument qui consiste à dire que l’homosexualité est un produit occidental. L’histoire de l’Afrique précoloniale réfute déjà l’affirmation que l’amour homosexuel n’est pas africain.

Maintenant, je vais aborder ce sujet par les deux points suivants :

  1. Le contexte dans lequel l’homosexualité est devenue taboue, en me référant à la propagation de la religion en Afrique ;
  2. La politisation de la protection et de la promotion du droit des personnes LGBTI ;

Le contexte dans lequel l’homosexualité est devenue taboue :

Globalement, l’homosexualité est un tabou pour la plupart des gens au regard de la religion, précisément l’islam et le christianisme. On dit que les actes homosexuels sont contre les lois de Dieu, lesquelles ne nous permettent pas d’abuser de notre corps, car c’est son temple [le temple de Dieu]. Il est important de savoir qu’en général, le sexe n’est pas un sujet dont on parle beaucoup en Afrique. Pour ne pas chercher très loin, je n’ai jamais discuté de sexe avec mes parents ni même avec mes proches. Du sexe, on ne parle pas. Cela a donc un effet sur les discours tenus sur l’homosexualité et aussi sur la sexualité au sens large. Puisque parler de sexe est en principe interdit, comment peut-on imaginer de parler d’homosexualité? Par conséquent, l’homosexualité devient un sujet caché, tabou.

La propagation de religions exogènes en Afrique, notamment l’islam et le christianisme par les colons européens entre le VIIe et XVIIe siècle, génère une très forte intolérance envers les actes homosexuels et est à l’origine des lois de la plupart des pays en Afrique aujourd’hui. Bien entendu, il y avait des religions traditionnelles en Afrique avant l’arrivée des colons européens, mais on ne fait pas mention du genre de violences envers les homosexuels que l’on voit de nos jours. L’homosexualité était acceptée d’une façon normale sans beaucoup de précisions.

Comme on l’a vu dans le film, l’homosexualité existait en Afrique précoloniale, personne n’en parlait et personne ne la jugeait. On vivait en paix !

La politisation de la protection et de la promotion des droits des personnes LGBTI :

Il faut comprendre que depuis toujours la religion occupe une place très importante dans la politique en Afrique. Par exemple en Afrique précoloniale, les dirigeants d’une communauté ou d’un village, quel qu’il soit, sont toujours liés à une religion ou une autre. Parmi les Yorubas du Nigéria par exemple, il y a toujours des adeptes d’Osun, d’Ogun, d’Ifa, d’Obatala, etc. En fait, on ne peut pas être roi sans être pratiquant. C’est obligatoire! Avec la propagation de l’islam et du christianisme, ce mélange entre politique et religion a perduré. Il y a toujours un lien entre la religion et la politique, ce qui explique la situation que l’on vit en Afrique aujourd’hui.

Précisément, l’islam et le christianisme ont produit les lois que l’on trouve en Afrique aujourd’hui, ce qui, entre autres, a conduit à la pénalisation de l’homosexualité. La culture apportée par les colons rend les africains plus religieux que nécessaire. Il est vraiment très difficile de séparer la religion de la politique comme dans la plupart des démocraties occidentales. Même si on affirme qu’il y a une séparation, en réalité ce n’est pas le cas.

La plupart des hommes politiques sont adeptes de religions ce qui les empêche de promouvoir les droits des personnes LGBTI., Cela signifie aussi que pour obtenir des votes, il faut jouer sur les sentiments du peuple. Les hommes politiques ont besoin du soutien populaire de leurs concitoyens. Malheureusement ce lien politique n’est pas favorable aux personnes LGBTI comme on peut l’observer dans certains pays aux Etats Unis ou en France et peut-être aussi en Belgique.

Conclusion :

La colonisation qui a été vécue en Afrique nous a rendus très religieux, affectant négativement nos sentiments et aussi notre conception de la sexualité humaine. Avant la colonisation, l’homosexualité existait. En fait on l’a pris comme une façon d’être. Il y a plusieurs preuves des relations entre personnes de même sexe mais je ne peux pas vous dire si cela empêchait les relations hétérosexuelles. En effet, il y a des histoires de mariage entre personnes de même sexe notamment les femmes. Cependant, on ne sait vraiment pas si cela impliquait des rapports sexuels entre ces personnes. Personne ne cherchait à savoir. Par contre, il est évident que la tolérance existait. Ces personnes étaient respectées comme les autres et personne ne vivait dans la crainte comme de nos jours.

L’intolérance envers l’homosexualité qui a été introduite par la religion pendant la colonisation et qui se mêle à la politique dans la plupart des pays africains rend le continent homophobe. Abstraction faite de cela, l’Afrique n’est pas un continent homophobe.

Ce qu’il nous faut en Afrique, c’est lancer la sensibilisation de l’opinion publique à ce sujet crucial et aussi au sens plus large l‘éducation aux droits civiques et politiques.

Enfin, je conseillerais de continuer de plaider sans répit en faveur des droits LGBTI en Afrique. Je suis optimiste, mais il faut du temps pour atteindre un changement signifiant et durable. On vit toujours sur l‘orientation qui nous a été engagée par notre histoire de la colonisation. Je pense vraiment qu’un jour futur, j’aurais la possibilité d’intervenir dans une conférence comme celle-ci et je dirais alors que ce genre de discrimination n’est plus qu’un lointain souvenir.

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